Chaise en pin - meuble danois des années 1950

Les années 1950, âge d’or du meuble design danois

Les amateurs de design vintage le savent, les années 1950 ont vu le triomphe d’un style de conception de meubles Made in Danemark. Un style surnommé Danish Modern, qui a ensuite connu une éclipse pendant deux décennies, avant de revenir très fort sur le devant de la scène internationale.

Le “Danish Modern” et les autres traditions nationales

Ce qu’on appelle design danois classique représente en fait très largement un groupe de créateurs rassemblés autour d’une figure tutélaire : l’ébéniste Kaare Klint.

Enseignant à l’université de Copenhague, Klint forme des designers à ses idées dans les années 1930. Ses élèves atteignent leur maturité créative dans les années 1940, 50 et 60. Et certains d’entre eux deviennent également enseignants, et forment une troisième génération.

Parmi les designers klintiens qui ont laissé leur nom dans l’histoire du meuble danois, on compte Hans Wegner, Mogens Koch, Finn Juhl, Jens Risom ou encore Grete Jalk (source).

Ensemble, ils inventent un style national, qui va trouver une reconnaissance internationale sous le nom de Danish Modern, grâce à ses fortes exportations aux États-Unis, où il devient synonyme de qualité et de luxe.

Les caractéristiques du design scandinave

Le design tendance Klint se définit par quelques principes simples, au premier rang desquels l’utilisation exclusive de matériaux “authentiques” comme le bois et le cuir, des matières empreintes de tradition. Ce choix s’oppose fortement à la tendance moderniste allemande qui plaide pour un complet renouvellement des matériaux, et qui expérimente notamment avec les tubes de métal.

Le style danois se caractérise donc par une forte présence du bois clair (chêne, bouleau, pin), souvent non traité ou légèrement verni. Dans les années 1950, un fabricant danois va même jusqu’à racheter des forêts entières après qu’une tempête ait dévasté le Danemark… il écoulera les stocks de bois sous forme de meubles pendant des années.

Ce goût du bois rendra le design danois à la fois classique, intemporel, et obsolète quand dans les années 1960 et 1970, de nouveaux matériaux comme les plastiques viendront changer la donne et modifier les goûts du public. Le designer Verner Panton sera un des seuls Danois à se convertir avec succès à ces nouveaux matériaux, notamment avec sa célèbre “Chaise en S” ou “Chaise Panton”.

Une autre caractéristique typiquement danoise est le refus de la déco gratuite : on simplifie les formes à l’extrême, dans l’idée que la beauté du meuble doit tenir essentiellement à l’élégance de ses formes. Dans cette logique, les designers de ce style travaillent surtout sur le raffinement de la silhouette de leurs chaises, fauteuils, commodes scandinaves, etc., sous tous les angles. Au risque de parfois sembler austères, voire pauvres. Le Danish Modern s’apparente ainsi, de loin, au style du meuble Art Déco, qui débarrasse les formes traditionnelles de leurs ornements superflus.

Sobriété et économie de moyens font également partie de la “patte” danoise. On n’associe qu’un petit nombre de matériaux. Un même élément sert à la fois d’assise et de dossier, ou de dossier et d’accoudoir. D’où l’utilisation intensive du bois courbé à la vapeur, pour le plier aux exigences fonctionnelles de la forme. D’où aussi un certain nombre de sièges monoblocs et cantilever.

Le design danois et les autres designs nationaux

Ce qui fait le succès du design danois des années 1950 relève en partie de l’insuccès d’autres styles nationaux.

Très inventif dans les années 1920 avec le Bauhaus de Walter Gropius puis de Ludwig Mies Van Der Rohe, le design allemand sort naufragé des années 1930 et 40, car les nazis y voient une forme d’art dégénéré. Aussi, l’industrie du design allemande, d’abord florissante, périclite et peinera à renaître de ses cendres dans l’après-guerre.

L’Italie post-fasciste a, au contraire, l’avenir devant elle. À la fin des années 1940 et dans les années 1950, de nombreuses petites entreprises de meuble naissent dans le Nord de l’Italie, et en particulier la région de Milan, comme Cassina. Mais le style italien ne fait qu’émerger et ne dominera qu’à partir des années 1970-1980, pour devenir le géant qu’on connaît aujourd’hui.

France, Royaume-Uni, Espagne, s’intéressent assez peu au meuble design, comptent peu de fabricants et peu de designers. En France, Le Corbusier, Charlotte Perriand, Jean Prouvé, laissent certes de belles collections de créations derrière eux, mais ils ne sont pas soutenus par une industrie locale. Au Royaume-Uni, on se montre peu inventif, de sorte que les rares designers locaux ne sont édités qu’à l’étranger – au Danemark justement, ou aux États-Unis et plus tard en Italie.

Le seul design national à tirer son épingle du jeu aux côtés de l’école danoise dans les années 1950 est le design américain, avec des marques comme Knoll et Herman Miller, et des designers comme Charles et Ray Eames, Harry Bertoia, Eero Saarinen. Riche d’un puissant marché intérieur, le design Made In USA est aussi poussé par un fort courant moderniste, qui récupère certains créateurs du Bauhaus allemand.

La fin de l’âge d’or

On l’a vu, le petit pays scandinave s’est taillé la part du lion du design d’après-guerre, grâce à son compromis entre modernité et tradition, et à la faiblesse créative temporaire de grands pays européens.

Les choses vont dramatiquement changer à partir de la fin des années 1960 et des années 1970. Le style très classique, très sobre, du design danois, devient has been dans les années hippies, où la mode passe au design “pop”, puis dans les années 1980 dominées par l’anticonformisme de l’école de Memphis puis de designers anglais post-punk.

De même, les Trente Glorieuses ont abouti à de grands progrès techniques concernant certains matériaux comme le plastique, dont de jeunes marques italiennes comme Kartell tirent abondamment profit, et que le design scandinave ignore superbement. Or ces nouveaux matériaux comme le polycarbonate ont le vent en poupe, et donnent un sérieux coup de vieux à la splendide ébénisterie danoise.

Le design danois connaît donc une éclipse de plus de 20 ans, et ne retrouve vraiment ses lettres de noblesse que dans les années 2000, quand le souci écologique remet le bois au goût du jour. Des marques danoises rééditent alors des classiques disparus, qui font à nouveau la une des magazines. De nouvelles marques comme Hay apparaissent également. L’éclipse a enfin laissé place au renouveau.

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